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Une interview WAN-IFRA de Mansoor Hasaan, un journaliste d'investigation pakistanais.
Mansoor Hassan Hashmi est un journaliste pakistanais. Il travaillait pour le magazine local Crime. Ses enquêtes sur les crimes d'honneur, les pesticides frelatés, les cartels de la drogue et les meurtres non élucidés lui ont valu d'être battu, empoisonné et même renversé par un tracteur. Il a fui le Pakistan et s'est réfugié au Royaume-Uni en 2002 où il vit maintenant avec sa famille. Il a accordé une interview exclusive à la WAN-IFRA, l'Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d'information, à l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse.
Quelle est la passion qui vous a poussé à vouloir à tout prix relater la vérité?
Mansoor Hassan Hashmi : Après mes études de littérature, j'ai travaillé avec mon père dans sa ferme. J'ai pu constater que les agriculteurs et leurs familles étaient confrontés à de nombreux problèmes économiques et sociaux. J'ai voulu rendre compte de la situation désespérée de la population rurale au Pakistan et ai donc lancé un magazine avec un autre journaliste.
Expliquez-nous ce que cela signifie pour un journaliste d'enquêter sur l'implication de députés et de leaders du monde économique dans différentes affaires comme les crimes d'honneur et les injustices faites aux agriculteurs.
J'ai parfois écrit mes articles sous un pseudonyme pour me protéger. Mon père m'a conseillé de ne pas écrire sur les députés ou l'élite du milieu économique parce qu'il les connaissait et avait peur des représailles. Mon enquête sur les pesticides m'a valu bien des ennuis. Un député et propriétaire d'une société agroalimentaire que j'accusais a envoyé quelqu'un à mon bureau pour me menacer et me conseiller de ne pas écrire d'article sur les pesticides frelatés. Mais je voulais réparer les injustices faites aux agriculteurs et j'ai publié l'article. J'ai ensuite été agressé à mon bureau. J'ai aussi écrit un article sur un autre député mêlé à un crime d'honneur. Après sa publication, il a envoyé ses sbires qui ont essayé de m'assassiner en heurtant violemment ma voiture avec un tracteur. Ma famille et moi, nous avons eu très peur, mais il était aussi important de rendre compte de ces injustices."
Qu'est-ce qui vous a conduit à fuir votre pays ?
Les menaces et les agressions n'ont pas cessé, même après avoir arrêté d'écrire pour mon magazine et rejoint un plus grand quotidien où je me croyais en sécurité. Je me suis mis à enquêter sur des activités liées à la drogue et fut choqué de découvrir que le propriétaire du journal pour lequel je travaillais y était mêlé. Alors que j'étais sur le point de révéler ce que je savais, j'ai dû démissionner. J'ai reçu la visite de personnes qui m'ont mis en garde, mais cette fois-ci elles étaient envoyées par le service local des renseignements. J'ai vraiment pris peur. Quelqu'un a ensuite essayé de m'assassiner en pleine rue. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. J'ai alors su que je devais m'en aller. Je n'avais ni emploi, ni argent. J'ai prié des parents éloignés et des amis de nous aider, mais personne n'était prêt à le faire.
Quelles conséquences cela a-t-il eu sur votre famille?
À l'époque, je souffrais des blessures que j'avais reçues lors des diverses agressions et n'étais pas en bonne santé. Lorsque j'ai quitté le Pakistan pour le Royaume-Uni, j'ai attrapé mal à l'estomac parce que j'abandonnais ma famille. Mes enfants étaient terrifiés et je me sentais très seul. Je me demandais si j'allais revoir ma famille un jour. Ma femme a continué à recevoir des menaces par téléphone, même après mon départ. Au bout d'un certain temps, j'ai réussi à obtenir des petits boulots au Royaume-Uni et j'ai eu suffisamment d'argent pour faire venir ma famille. J'étais très heureux."
Vous avez traversé des épreuves pénibles pour que votre famille soit en sécurité. Dites-nous quelle est votre vie maintenant et comment vous envisagez l'avenir.
Je suis optimiste pour mes enfants car ils vont recevoir une bonne formation et nous vaincrons la pauvreté. Ma carrière professionnelle en a beaucoup pâti car je n'avais pas le droit de travailler en tant que demandeur d'asile. Cela ne m'a pas facilité la vie. Je suis maintenant résident du Royaume-Uni et peut donc travailler de nouveau. J'aide d'autres réfugiés et demandeurs d'asile par le biais du service international de recherches et de messages de la Croix Rouge, mais j'aurai des difficultés à retravailler comme journaliste.
La liberté d'expression doit être reconnue à travers le monde comme principe fondamental en matière de lutte mondiale contre, par exemple, la corruption et la violation des droits de l'homme. Vous avez été au cœur de ce combat. Quel est le message que vous voulez faire passer au sujet de l'importance d'une presse libre ?
Je sais que tous les journalistes prennent leur travail à cœur, mais votre famille et votre vie sont aussi précieuses. Dans certains pays, les journalistes qui décident d'enquêter pour défendre une cause qu'ils trouvent juste reçoivent des menaces. Tous les ans, nous fêtons la journée de la liberté de la presse. Mais il ne faut pas oublier ceux qui ont été assassinés en œuvrant pour elle. Leurs photos se trouvent dans les magazines et les sites Web, mais leurs enfants n'ont plus que leurs yeux pour pleurer.
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